14 mai 2020 – Amandine Monin

Vive le vent

Ça y’est c’est l’hiver… Faut le faire passer par ton corps une bonne fois pour toute l’hiver, dans tes mains, dans ton cou, tu le sens déjà, tu le sens ? Les yeux plein de brouillard, de pluie, ramène z-en un morceau pour chez toi, ramène z-en donc un pour dormir, regarde, on voit rien, on voit plus rien ! Oui c’est ça, tape du pied, râle, faut en finir, faut en finir avec l’été, l’automne, maintenant tu vas vraiment le sentir ton corps, ton vrai corps qui va durcir, tes idées qui vont durcir, la neige qui va se déposer dans ton bonnet, dans ta capuche, la neige qui va bouchonner tes phrases, tu vas te déposer, écoute, déjà ça craque sous la chaussure, ça blanc, mais c’est pas une couleur, c’est pas une couleur c’est un nouveau jour, regarde on voit plus rien c’est parfait.

Allez, mets ton caillou dans le virage avec les autres, si le brouillard se part un peu peut-être qu’après tu sauras comment rentrer, voilà, fais un cairn ici, avec la saison passée, la colère, la dent noire de ta fille, la dent noire du travail, dans le virage, c’est dévitalisé de toute façon ça pèse. C’est bien, voilà tout doux, là haut peut-être il y aura un nid d’aigle, il y en a encore tu sais, il y a encore des oiseaux, il y a encore des nids d’aigles et des galeries de mulots, maintenant tu es toute dure, ça brûle de partout, tu vois, tu exagères, quand tu exagères tu ne fais plus de bruit, tes lèvres sautent sur ta bouche, c’est comique, ça change, allez.

T’as bien fait de venir ici en altitude au premier jour de neige, à -8, c’est bien moins huit, c’est un bon chiffre, c’est un bon jour pour mourir, je veux dire tu t’attendais à quoi, l’hiver c’est pas devant la hotte à faire des tartes au sucre, c’est pas merry chrismas au pied du sapin chinois, l’hiver c’est dans ta gueule et vive le vent.

Texte publié dans la revue touroum bouroum n°3.

Comment écrire la montagne quand on ne la voit pas. (inédit)

par Amandine Monin

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