9 mai 2020 – Rémi Checchetto

Le ça va mieux

Ça va mieux. On se le dit. Et déjà ça va mieux en se le disant. On se le vit. Et déjà de se le vivre on vit mieux. On remonte doucement par paliers. Un, deux, trois. Voilà la surface. C’est plan, calme, à la bonne température. On fait le bouchon, flotte flottille tranquille, peinard, c’est le panard. Ouf ! Grand ouf ! Grande goulée d’air pur. On reprend des couleurs, du cœur, de l’ardeur. On respire plus clair. Ça ira. On ira encore. On est guéri. Pour le moment guéri de tout. C’est un printemps de nous. On bourgeonne, fleurit, on chante dans nos branches des trilles futiles, des basses discrètes et du sentiment dans les paroles. C’est beau. C’est baume. Ça crème le cœur, pommade l’esprit, onguent l’optimisme. Et puis ça sent bon. C’est huitième merveille du monde. Ouh là ! On est cap de monter le Mont Blanc. Ouh là, voilà qu’on se réincarne on sherpa. Pas mal du tout. On est cap de démonter la Tour Eiffel. Ouh là, ouh là là, on se réincarne en nous-même. Zut. Pas de chance. Faut faire gaffe, être vigilant, monter à la vigie. Ça ne va pas recommencer. On ne va pas recommencer. On ne va pas reprendre les mêmes plis mauvais plis. On ne va pas remettre nos pas dans nos pas, nos pieds dans le plat de nous. Pas facile. Pas facile de se guérir de nous.

Extrait de Tout l’univers de Rémi Checchetto, à paraître.

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