4 mai 2020 – Rémi Checchetto

Porte 16

La porte, les portes, au moins une porte, qu’il y ait au moins une porte, qui ouvre sur les grands plateaux, les chevaux, le ciel orange, les troupeaux de bêtes avec cornes, le jardin avec fleurs, le chemin qui tourne doucettement, le lac bleu, qu’il y ait au moins cette porte, que cette porte au moins existe, existe pour de bon, pour de vrai, qu’elle ouvre, qu’elle s’ouvre quand on en a besoin, qu’elle soit là, pas loin, à portée de main, d’esprit, disponible, bien huilée, et qu’elle s’ouvre quand on en a besoin, quand il le faut, qu’il y ait au moins une porte, une sortie, une possibilité de sortie, une porte de sortie qui soit une porte d’entrée, que sortie communique avec entrée, que sortir cela soit égal à entrer, que sortir ce ne soit pas fuir ce soit égal à arriver, qu‘arriver ce soit égal à réussir, quand on est entouré, quand l’entourage entoure de plus en plus près, quand il ceinture, quand il étrangle, quand il nous étrangle, quand on est qu’entouré, qu’étranglé, qu’il y ait cette porte, ce passage, ce paysage derrière cette porte, qu’il y ait la possibilité de cette porte, de ce passage, qu’y passer égal laisser le passé et passer à autre chose, à d’autres choses, qu’en passant la porte il y ait un battement, une recrudescence des battements du cœur, des pouls du corps, que d’avantage de sang soit propulsé, que les organes noircis par l’étranglement reprennent des couleurs, que cela nous rende moins des invisibles, plus des vifs, plus des vivants, que nous devenions singuliers, plus des particularités, que dans le paysage des grands plateaux, des chevaux, du ciel orange, des bêtes avec cornes nous allions, nous prenions l’air, nous soyons des singuliers, des particularités, enfin encore des singuliers, des particularités.

Extrait de Portes, publié aux éditions Script.

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