19 juin 2020 – Stéphane Bouquet

Quelques mailles

1. C’est le soir,
le trottoir, il serait
risqué (osé ?) de pousser
une requête animal enfant
flâneur éperdument égaré
: qui indiquera le lieu
où franchir d’un bond
réparateur le ruisseau de disjonction : c’est mon
ou leur soir
séparés par très peu, ou
ici soit là-bas

 

2. L’espèce des éphémères
non plus n’a pas assez
de bouche pour se nourrir d’autre
chose que du frôlement
de l’eau, pas même
la chance de se souvenir : ces deux
jours-là surtout
où les gestes durèrent

 

3. Je n’ai jamais
vécu en vendant savonnettes
et confitures
au marché noir ; pourtant
c’est vrai je retourne
là-bas sans cesse
au cas où
des soldeurs braderaient
l’odeur des oranges
sur leurs doigts

 

3 bis. L’odeur des oranges
sur leurs doigts
je n’ai pas eu le temps
de m’en souvenir

le déo des aisselles sous les pulls
cachemire (cachemire synthétique
si faut) j’ai eu le temps
sans m’en souvenir

 

4. Une luciole qui a
visité ma bouche, regardé
les caries
n’a rien dit, est repartie,
a laissé son phosphore
sur ma langue
pour que continue son culte

Extrait de Tricot d’attente – in Le Fait de vivre, livre à paraître aux Éditions Champ Vallon.

Stéphane Bouquet a publié plusieurs livres de poésie ou autour de la poésie (Les derniers en date : Les Amours suivants et Vie commune, Champ Vallon, 2013 et 2016, et La Cité de Paroles, Corti, 2018). Il est aussi l’auteur de quelques récits (dont Agnès & ses sourires, Post-éditions, 2018). Il a proposé une traduction de divers poètes américains, de tendance à la fois lyrique et urbaine, dont Paul Blackburn, James Schuyler et  Peter Gizzi.

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