1 juin 2020 – Julia Lepère

Dans la forêt

Avant dans la forêt
Nous attendions la nuit pour voir des vers luisants nous jouions les fantômes dans les trous de la terre    nous restions immobiles pour imiter les troncs des sapins sombres nous suivions la trace du pollen sur le lac
La traînée d’or dans ses détours un homme croyait du sable du désert et depuis les branches nues
Nous pouvions voir luire le soleil sur l’eau et sans savoir nous pouvions dire       quelqu’un tient une épée si l’on voulait rêver mais en dessous
Quelque chose nous inquiète l’homme dit dans la percée quelque chose
Dans sa langue une femme chante une chanson et tout est assourdi plus rien n’apparaît naturel ni
Les écailles les intonations des poissons de la femme ni la brume-marécage comme un corps étranger dans l’air mais
Nous sommes dans l’eau dit l’homme voyant la ligne du pollen le séparer du ciel
S’inverser les sommets s’imiter des pierres lambeaux mouvants s’emprisonner touchant avec le bras nous nous
Superposons au vide nous nous méconnaissons nimbés comme des saints de lumière verte et ici tout est vert et quelqu’un regardant dirait
La lumière tombe sur eux mais en réalité nous la produisons contribuant
Au trouble de l’eau à l’imprécision qui règne jusqu’à nos voix        fissures
Ainsi que dans une mauvaise photographie par accident ou pour ne dire
Un souvenir trop près de la peau rouge de nous étant non-discernables
Et la femme chante encore         Nous avons rapporté cela des bois   au sein de nos moments vécus un point crucial a tout changé martèle sa voix
Des couleurs nous faisant mal aux yeux déclinaient sur les pierres et nous étions
Tombés dessus par accident la femme nommant préhistoriques un lieu druidique mais
L’homme efface cela par Fondations puis par Maison et ayant discerné le mur démoli posé nos
Mains sur sa marque visible     enfin l’homme avait ajouté     Les murs ne poussent pas dans forêt et à ces mots j’ai cru mon souffle raccourcir un je ne sais quoi me ralentir un souvenir trop rouge
Depuis je suis nous sommes ici et plus rien
N’est semblable de la maison détruite à la surface du paysage rien ne se franchit
Plus je sens tout m’empoisonne par la respiration une
Chose poisseuse me colle aux doigts la nuit attend pour faire briller les vers
Et cette lumière dit la femme cherche À nous tuer dit l’homme
Et s’enfonce l’eau d’un corps et s’éloigne la cime des arbres     Et j’oubliais la terre à l’intérieur d’une maison ce qu’ils cherchaient et si c’était du soleil ou         de l’or sur nos doigts         qui fondait

texte inédit

Julia Lepère, née en 1987 à Paris, est comédienne et poétesse. Son premier recueil, Je ressemble à une cérémonie, paraît en 2019 aux éditions le corridor bleu (collection S!NG). Elle s’occupe également de la revue Territoires Sauriens –attention crocos (en ligne et papier), qu’elle a co-fondée avec Fanny Garin. Elle donne régulièrement des lectures publiques de ses textes.

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