23 avril 2020 – Lucie Taïeb

le ciel traversait le ciel

tu ne sais pas ce que c’est ce qui. tu ne sais pas ce fracas tu ne sais ce qui tremble et terriblement tu ne sais pas. tu ne sais pas ce qui en toi cette pluie ce fracas ce qui en toi cogne à l’intérieur tu ne sais pas. ce qui t’ébranle et te sort. par grand vent les nuages poursuivaient les nuages le ciel traversait le ciel il y a eu de l’obscurité il y a eu de la lumière un fracas a déchiré le ciel et l’odeur est montée de la terre. sortir de son corps demeurait exclu c’était la seule issue tu es restée à l’intérieur. sortir de la pièce par le mur en te jetant contre la vitre qui ne cédait pas était la seule issue tu es restée à l’intérieur. il n’y avait plus personne aussi la fureur ne pouvait plus se contenir. ce tremblement cette âpreté tu ne sais si tu finiras dans cette terre désolée cendreuse finiras la blancheur de tes os leur pureté tu ne sais pas. ce qui en toi cet orage. avant que la terre ne s’ouvre sous nos pieds les verres les assiettes ont tremblé imperceptiblement les chaises ont frémi secousse. la seule issue la seule brèche celle dont ton coeur est l’épicentre celle qui te déchire en toi pour te laisser t’engouffrer disparaître. tu ne sais pas où est ton corps lorsque la faille le traverse. en toi terriblement fracasse et aucune pluie aucune odeur bienfaisante aucune terre sèche longtemps et désormais ses arômes et sa gratitude. la faille, à l’intérieur, celle où ton corps, tombe en lui-même la faille puis l’instant d’après,

Texte paru dans la revue Ouste n°27, 2019.

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